Le 18 décembre 2024
OBJET : Plan de 100 M$ : les Amis du Mont-Sainte-Anne comptent demeurer vigilants
Bonjour à tous,
C’est à la fois avec espoir et réserve que les Amis ont accueilli la nouvelle d’hier à l’effet que des investissements de 100 M$ sont promis pour le secteur alpin du Mont-Sainte-Anne. Dans le contexte de notre mission, celle d’assurer la pérennité du MSA au bénéfice de la communauté, on doit se réjouir du fait que des travaux de remise à niveau devraient débuter dès que possible.
De cette annonce, on retient que le gouvernement se dit confiant d’avoir placé la station sur une trajectoire positive et ce, même si son choix est de renouveler un partenariat avec Resorts of the Canadian Rockies (RCR). L’entreprise a pourtant maintes fois démontré son manque d’intérêt et de vision pour la montagne, en plus de sérieux manquements en matière de sécurité.
Prenant acte de cette décision du gouvernement, les Amis offrent leur entière collaboration pour la suite. Il faut effectivement aller de l’avant : nous comptons donner la chance à RCR de démontrer sa nouvelle ambition tout en demeurant vigilants quant à l’exécution du plan d’investissements promis. Cette vigilance sera d’autant plus nécessaire que Québec refuse de dévoiler l’entente, sous prétexte qu’il s’agit d’un contrat commercial. Le Mont-Sainte-Anne fait pourtant partie du patrimoine des Québécois.
Réserve 1 – Les conditions imposées par Québec sont-elles fermes et suffisantes ?
A priori, Québec semble avoir entendu les nombreux messages des Amis et de la communauté concernant le déficit de confiance à l’égard de RCR, basé sur des années de négligence et de désinvestissement, et l’importance cruciale d’imposer des conditions béton. C’est clairement dans ce contexte que le gouvernement a beaucoup insisté, lors de l’annonce d’hier, sur les obligations de performance auxquelles le gestionnaire du MSA est maintenant tenu de se soumettre. Mais compte tenu que l’entente est secrète, la question demeure entière : ces conditions sont-elles suffisamment fermes pour empêcher RCR de les contourner ?
Selon les informations fournies, l’entente prévoit que RCR investira 50 M$ de ses fonds propres d’ici 5 ans strictement pour le secteur alpin, auxquels s’ajoutera une somme équivalente offerte par Québec sous forme d’un prêt pardonnable (25 M$) et d’un prêt à redevances (25 M$). Le gouvernement affirme que l’accès à ces fonds publics ne sera accessible que si RCR investit d’abord des sommes équivalentes, le tout vérifié grâce à des audits annuels réalisés par des professionnels externes. On indique qu’une partie du prêt global sera remboursée au moyen d’une redevance sur les revenus de la montagne et en lien avec des cibles de performance, notamment une augmentation annuelle de 9% de l’achalandage. L’objectif évoqué est de doubler cet achalandage au terme des travaux de modernisation, pour passer de 280 000 à 560 000 visiteurs par année. Sur le volet de la sécurité des infrastructures, on nous dit que l’entreprise sera dorénavant tenue d’en faire rigoureusement la démonstration à chaque année, également par des audits d’un expert indépendant, et que le succès permettra à RCR de bénéficier d’un pardon sur une partie des prêts. Lors de la conférence de presse, le gouvernement n’a cependant pas voulu préciser davantage les mécanismes de remboursement ou de pardon dont il a convenu avec RCR.
Pour sa part, RCR a promis de travailler avec célérité pour remplacer plusieurs remontées par des équipements ultra-modernes, de rénover ou reconstruire plusieurs bâtiments d’accueil à la base et au sommet, et de moderniser le système d’enneigement pour allonger la saison de ski. Le dirigeant québécois de RCR, monsieur Maxime Cretin, a promis de faire du MSA un attrait nord-américain de premier plan, dans une nouvelle offre 4-saisons. Au-delà du 100 M$ dédié entièrement aux infrastructures alpines, il a également annoncé un vaste projet de développement commercial et immobilier au pied des pentes qui débutera rapidement et pourrait atteindre 450 M$ en investissements. Sur ce dernier volet, le ministre Jonatan Julien a indiqué que le gouvernement n’était pas impliqué financièrement.
Pour la revitalisation du secteur alpin, ce sont d’excellentes nouvelles et les Amis ne peuvent qu’applaudir ce vent de changement. Mais le diable étant dans les détails, quelles sont les autres conditions de l’entente ? Parmi les questions qui demeurent en suspens :
- Quelles sont les clauses de sortie advenant que RCR soit en défaut sur l’une ou l’autre de ses obligations ? Le Gouvernement sera-t-il en mesure d’agir rapidement et fermement, allant jusqu’à mettre un terme au contrat ?
- L’entente permet-elle à RCR de vendre ses droits sur le MSA, à court terme ou dans les prochaines années ? Le cas échéant, quelles garanties ont été prises pour que RCR ne puisse pas simplement utiliser les fonds publics pour embellir la montagne et revendre ses droits en empochant les bénéfices rendus possibles par les contribuables québécois ?
- Qu’en est-il du recours collectif pour les personnes impliquées dans les deux accidents de la télécabine en 2020 ?
- Comment le Gouvernement compte t’il s’assurer que RCR va changer son comportement corporatif et bien gérer le MSA sur le long terme ?
À notre avis, rendre l’entente publique serait le meilleur moyen, tant pour le gouvernement que RCR, de rebâtir la confiance des usagers et de la communauté. Mettre sur pied un comité de suivi du nouveau projet de développement qui inclurait des membres choisis par notre communauté serait également une bonne façon de rassurer et construire ensemble.
Réserve 2 – Avec un projet de 100 M$, la pérennité du MSA sera-t-elle compromise?
Selon nos travaux avec des experts en 2021, le coût pour remettre la station à niveau, incluant les remontées, le système d’enneigement, les bâtiments d’accueil et les infrastructures à la base (expérience-client) avait été établi à 155 M$. En chiffres actualisés, les besoins pour un tel plan de revitalisation s’élèveraient plutôt à 175-200 M$.
Lors de la conférence de presse d’hier, le dirigeant du MSA n’a pas hésité à déclarer que son projet de 100 M$ allait assurer la pérennité du site. Nous ne demandons pas mieux que d’y croire. Seul un dévoilement rapide de l’entente contractuelle permettrait d’apprécier les priorités de remise à niveau pour les 5 prochaines années et de mieux comprendre la vision globale de RCR quant au développement et à la pérennisation du site, au profit des Québécois.
Réserve 3 – Que compte faire le gouvernement pour le secteur Est ?
Lors de l’annonce, le ministre Jonatan Julien a déclaré que le litige entre RCR et la SÉPAQ concernant le pourtour de la montagne (secteur Est) est terminé. Il a également indiqué que la SÉPAQ, désormais maître d’œuvre, a le mandat de décider qui sera l’opérateur pour ce territoire, et que des discussions sont en cours avec la MRC de la Côte-de-Beaupré pour l’impliquer dans la suite des choses. Dans la Presse, le PDG de la SÉPAQ, monsieur Martin Soucy, a par ailleurs établi que la Société d’État n’a pas l’intention de gérer le territoire du pourtour du MSA, son mandat étant davantage concentré sur les parcs nationaux et les réserves fauniques du Québec.
Pour éviter des bris de service, on comprend évidemment que, pour la saison qui démarre, RCR continuera d’être l’opérateur du secteur Est. La vraie question concerne l’avenir et, pour les Amis, cette partie du dossier MSA est la plus nébuleuse et préoccupante.
Lors de l’annonce d’hier, personne n’a pas voulu préciser dans quelle mesure le gouvernement appuie fermement la décision de la SÉPAQ d’avril 2021. Cette décision visait à retirer immédiatement RCR de la gestion du secteur Est, par le biais d’un avis de résiliation, pour que la SÉPAQ soit en mesure de reprendre la pleine propriété des terrains et assurer le suivi en partenariat avec le milieu. Depuis, suite à des contestations exercées par RCR, un arbitre et les cours de justice ont tous donné raison à la SÉPAQ. La récente décision de la Cour d’appel le 2 décembre dernier est sans équivoque. Nous demeurons convaincus que la SÉPAQ a pris la bonne décision en 2021, celle de changer d’opérateur pour ce territoire.
La communauté attend la suite avec impatience. Il serait pour le moins aberrant que la SÉPAQ soit en voie de reculer en considérant signer une nouvelle entente, que ce soit directement avec RCR ou par le biais de la MRC, et qui aurait pour effet de réintégrer l’entreprise dans la gestion ou l’opération du secteur Est. Après trois ans de litiges, ceci équivaudrait à pardonner RCR pour le défaut qui a clairement eu lieu avec le contrat précédent et à récompenser l’entreprise reconnue délinquante par les tribunaux. Une telle approche serait par ailleurs absolument contraire aux attentes du milieu.
C’est dans ce contexte que les Amis implorent la SÉPAQ de ne pas replonger le secteur Est dans la situation de vulnérabilité extrême qu’il a connue dans les 25 dernières années. Concrètement, nous demandons à la Société d’État de s’assurer que l’opération du secteur Est soit confiée dès que possible au Centre de plein-air Mont-Sainte-Anne (CPAMSA). Cet OBNL, qui compte près d’un millier de membres, a justement été créé par la communauté suite à la décision de 2021 afin d’assurer le développement et l’exploitation des terrains du pourtour de la montagne selon les attentes de la population. Sachant que l’OBNL est prête à travailler en étroite collaboration avec la MRC, nous sommes convaincus qu’il est possible pour la SÉPAQ de mettre rapidement en place ce changement tant attendu par le milieu. Nous sommes également persuadés que cette approche permettrait tout autant une synergie avantageuse du secteur Est avec le secteur alpin géré et développé par RCR.
Le gouvernement a la responsabilité du résultat
Il était pour le moins surprenant, lors de l‘annonce d’hier, d’entendre le ministre Jonatan Julien affirmer que le gouvernement n’avait pas d’autres alternatives que de renouveler le partenariat avec RCR. Les Québécois savent tous que cette affirmation est fausse puisqu’au cours des dernières années, d’autres investisseurs sérieux ont clairement manifesté au gouvernement leur intérêt à l’égard du MSA, pour des investissements passablement supérieurs à ceux maintenant promis par RCR. Les Amis ont par ailleurs fait la démonstration au gouvernement que Québec avait tous les outils légaux en mains pour changer le gestionnaire du MSA. Le fait est indéniable, rien n’empêchait le changement d’opérateur au MSA.
Maintenant que le gouvernement a choisi de faire confiance à RCR, il devra assumer l’entière responsabilité du résultat. Il reste à espérer que les conditions imposées à RCR sont étanches et il m’apparaît qu’à ce chapitre, pour les quelque 500 usagers et citoyens que nous représentons, les Amis du Mont-Sainte-Anne auront fait œuvre utile.
À compter d’aujourd’hui, il revient au propriétaire et dirigeants de RCR de prouver aux Québécois qu’ils tiendront leurs promesses pour un projet de 100 M$ qui doit débuter rapidement. Ils devront également prouver sans délai que le développement et la pérennité du MSA leur tient à cœur, et que l’entreprise tourne une page sombre pour le Québec en se dotant d’une nouvelle culture au chapitre des investissements, de l’entretien des équipements, de la sécurité des usagers et, plus globalement, du maintien de la montagne en tant que moteur économique pour la région. Il faut reconnaître que le défi est très grand pour que le MSA puisse fièrement accueillir la tenue des Jeux d’hiver du Canada en février 2027. Il serait pour le moins gênant que l’état de la station ne soit pas amélioré à temps pour la tenue de cet événement, majeur pour la réputation de la montagne et celle de ses dirigeants.
Ne sachant pas ce que l’avenir réserve, il est important de souligner que si RCR décidait de vendre ses droits, la communauté aurait les mêmes exigences envers le nouvel acquéreur. Après des années de déclin au MSA, qui demeure la propriété des Québécois, le vent vient possiblement de tourner et, dans ce contexte, je réitère que cette nouvelle doit être accueillie de façon positive.
Yvon Charest, Président
Les Amis du Mont-Sainte-Anne
